Article paru dans « El Watan « du lundi
– février 2006.
LEXKOWICZ-NAHORI ET BLANCHET-PARODI
DISPARITION DE DEUX AMIES
DU PEUPLE ALGERIEN
Deux amies françaises du peuple algérien en lutte pour
son indépendance, Claudine Lewkowiz-Nahori et Anne Marie Blanchet-Parodi,
avocates, membres du collectif de défense du F.L.N, viennent
de disparaître, rejoignant d’autres amies récemment
décédées, Jacques Charby et Marcel Péju.
Les obsèques de Maître Anne Marie Blanchet-Parodi ont eu
lieu samedi 4 février au cimetière du Père-Lachaise
à Paris.
Ses proches rappellent que l’avocate a toujours été
fidèle à ses convictions, menant « un combat courageux
sur divers fronts de la cause algérienne pendant la guerre d’Algérie
à la lutte des sans papiers e des réfugiés ».Maître
Claudine Lewkowicz-Nahori, avocat honoraire, décédée
le 28 janvier, a été inhumée le 2 février
au cimetière de Bagneux (Hauts-de-Seine).
Des représentants du Consulat Général à
Paris devaient assister à leurs obsèques. Les deux avocates
ont été décorées d’une médailles
symbolisant la reconnaissance et la considération du peuple algérien
pour leur soutien actif durant la guerre de libération de l’Algérie,
avec 35 autres amis, présents ou à titre posthume, le
13 janvier, lors d’un dîner offert par les autorités
consulaires algériennes à Paris au nom du président
de la République (El Watan du 16 janvier 2006).
Hospitalisée à la Pitié-Salpêtrière,
Maître Anne Marie Parodi n’avait pu assister à cette
cérémonie. Selon son désir, elle avait reçu
sa décoration sur son lit d’hôpital. Deux consuls
adjoints accompagnés de quelques amis la lui remirent. Elle avait
demandé alors que sa médaille soit exposée bien
en vue sur sa table. La médaille de Maître Claudine Nahori,
malade, elle aussi, avait été remise à son époux.
Le 13 janvier dernier, le Consul Général de Paris A. MEZIANE-CHERIF,
avait déclaré, à l’attention des présents
: « Vous nous avez appuyés partout, si bien que grâce
à vous, une large frange du peuple de France avait fini par comprendre,
que la colonisation n’avait pas, ne pouvait pas avoir d’effet
bénéfique et qu’elle n’était en fait,
dans le fond comme dans la forme, que le pillage organisé d’un
pays au profit d’une infime minorité, avec, comme corollaire,
la paupérisation de tout un peuple et la négation de sa
culture et de sa civilisation. » Et aux avocats, nombreux ce soir-là
(dont Nicole Dreyfus, Roland Dumas, Jacques Vergès) : «
Dans les prétoires, vous vous êtes dressés à
nos côtés contre une machine judiciaire mise en branle
pour nous broyer. » Et à tous : « Par votre action,
votre vision de l’avenir, à une époque où
d’entrechoquaient les passions et les haines, vous avez préservé
l’essentiel des relations entre nos peuples. » Pour sa part,
l’ambassadeur Missoum SBIH avait relevé qu’ «
actuellement nous engageons librement, avec la France, un chemin qui
doit nous mener à une relation nouvelle sur la base de valeurs
et de principes que vous avez vous-mêmes courageusement défendus.
Votre combat est toujours d’actualité. C’est la continuité
d’un processus. » Quant à Roland Dumas, ancien ministre
socialiste des Affaires Etrangères, exprimant un sentiment général,
du côté des amis français, il avait indiqué
: « Nous étions minoritaires, isolés, critiqués,
bafoués. Nous avions connu toutes les menace et les réalités
des sanctions. C’est un vrai réconfort de se retrouver
entre Français et Algériens qui ont posé la première
pierre de cette Algérie nouvelle. »
Les idéaux de justice et de fraternité entre les peuples
portés par ces amis de la première heure de l’Algérie
sont, en effet, portés par leurs enfants et petits enfants. Ces
derniers l’ont exprimé. Et pour ne citer qu’Alain
Gresh, fils de Henri Curiel : « l’héritage que nous
avons reçu, ce n’est pas seulement une page d’histoire…Le
d’aspects positifs…Les lignes de clivage ne sont pas entre
les nations ni entre le monde occidental et le colonialisme n’a
pas monde musulman, elles ont celles du combat pour la justice, contre
l’oppression. Ce combat commun pour des principes qui continuent
à nous guider à travers les frontières. »
Nadjia BOUZEGHRANE