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Edition du 16 janvier 2006 HOMMAGE AUX AMIS DE L’INDEPENDANCE DE L’ALGERIE Une communauté de fraternité |
| Une soirée de retrouvailles, empreinte de connivence amicale, de fraternité, mais aussi de grande émotion que celle organisée vendredi soir par le Consulat général de Paris dans les Salons Vianney en signe de reconnaissance du peuple algérien aux amis français des épreuves et des durs moments de l’Algérie en lutte pour son indépendance : avocats, appelés ayant refusé de rejoindre l’armée comme Alban Liechti (premier appelé à s’être insurgé) et membres des réseaux Curiel et Jeanson. Il y avait ceux qui ne se sont pas vu depuis plusieurs
années, ceux qui n’ont pas coupé le contact. A leurs
côtés, des militants du FLN, d’anciens condamnés
à mort. Une mission confiée par le président Boutelika
au consul général de Paris, Meziane Chérif, a indiqué
le représentant de l’Etat algérien : 37 médailles
décernées. Des moments forts comme celui d’anciens
condamnés retrouvant leurs avocats. Hélène Cuénat,
l’une des évadées de la Roquette, les larmes aux yeux,
revient rejoint le groupe que nous formions à la même table
et dit : « C’est la première fois que je tutoie Roland
Dumas. » (il a été son avocat). Roland Dumas, que
les « porteurs d’espoir » qu’il avait défendus
(porteurs de valises), selon les termes de Jacques Charby, récemment
disparu, appelaient Duduche, dira : « C’est un vrai réconfort
de se retrouver entre Français et Algériens qui ont posé
la première pierre de cette Algérie nouvelle. Nous avons
su reconstituer une communauté de fraternité. » Hélène
Cuénat ajoute : « Cette soirée me rappelle août
1962 à Alger quand je suis rentrée du Maroc. Il y a de la
communication et de la communion. » La communication y était
effectivement, des groupes se formaient et se déformaient entre
les tables du dîner, les uns et les autres se levant pour aller
saluer un ami. Et souvent ce commentaire : « Elle (ou il) n’a
pas changé. A part les cheveux gris. » Et puis des fous rires,
des échanges de piques d’humour. De l’émotion
comme lorsque Djouher Akrour, ancienne condamnée à mort,
décorait l’avocate Claudine Nahori. Les disparus, anciens
ou récents comme Mourad Oussedik, Marcel, Péju et Jacques
Charby, n’étaient pas oubliés. Trois générations
se côtoyaient : acteurs directs, leurs enfants et petits-enfants.
Jacques Vergès, sa fille et sa petite-fille, Paule Bollo et son
petit-fils. Des disparus représentés par leurs enfants ou
petits-enfants. Trente sept médailles de reconnaissance de l’Algérie
à ses amis français ont été remises. Celles
de Denise et Robert Barrat ont été reçues par leurs
enfants Patrice et Claire, de Serge Michel par son petit-fils Aurélien.
Patrice Barrat montre une photo de ses parents, puis lit un extrait d’une
lettre du 20 janvier 1956 de son père, Robert, à Guy Mollet.
« Le sort de l’Algérie va se jouer dans les deux mois
qui viennent », écrivait Robert Barrat au président
du Conseil. Un autre extrait de la préface de Denise Barrat pour
un livre inédit, le 8 septembre 1993, à l’adresse
des jeunes algériens et français pour la connaissances de
pages de leur passé. La médaille décernée
à son mari Roger, Annie Rey (historienne, auteure d’un ouvrage
de référence sur les origines de la Guerre de Libération
nationale) la dédie à Mohamed Boudiaf dont son mari et elle
étaient des amis très proches de la première heure.
Serge Michel, enterré il y a 10 ans à El Alia après
des obsèques nationales, rappelle sa fille,, qui s’est dite
doublement heureuse qu’à travers cette cérémonie
sa mémoire n’est pas gommée, heureuse que ses petits-enfants
recueillent cette mémoire, lui qui s’est porté aux
côtés des Algériens, avant le 1er Novembre 1954, qui
est devenu Algérien, qui a formé les premiers journalistes
de l’Algérie indépendante et qui a créé
Alger ce soir. Michel Rogalski, le benjamin, voulait, à 15 ans,
rejoindre les réseaux français de soutien à la guerre
de libération de l’Algérie, ce qu’il fit à
16 ans, en 1961. |